Nouvelles du 8 février 2012

08 / fév / 2012

Bonjour site internet.

Tu as vu, il fait froid. J’ai lu dans le journal l’avis d’un psychologue « la population française sur-réagit aux températures inhabituelles ». on voit qu’il est pas niçois lui! Sinon, vous, ça va? Moi oui, très bien. Oh, j’ai lu un truc mignon! Un type très informé a écrit dans un autre journal que j’étais « désormais tourné vers le cinéma », genre Sfar y fait plus de bédés. Ça m’a inquiété vachement! Moi qui n’arrive pas à sortir de chez moi tant que j’ai pas dessiné ma page du matin. Moi qui ne trouve pas le sommeil tant que j’ai pas dessiné ma page du soir. Zut! Si je suis « tourné vers le cinéma », comment je vais faire? Bon, en même temps, si c’est marqué dans le journal, c’est forcément vrai. Si ça se trouve, j’ai laissé tomber les bandes dessinées et je m’en suis même pas rendu compte. Attends, je me pince, je regarde. Hmmm…Cette année j’ai publié quoi? Deux Chagall avec soixante pages chacun, un Lumières de la France qui fait 60 pages aussi, un Klezmer qui fait 120 pages, vingt pages de plus que ceux d’avant, ce qui m’a obligé à virer mes notes de fin de volume sinon on explosait le prix de vente. J’ai aussi fait cent pages de bandes dessinées grand format couleurs pour l’expo Brassens, et près de six cent dessins pour la même exposition. Non, mais si ça se trouve non, le mec du journal il sait mieux. Je vais fouiller dans ma maison. je trouve quoi? J’ai 35 pages de Klezmer 5, j’ai 50 pages crayonnées de l’ancien temps numéro deux, et j’en ai encrées dix. je suis en train d en encrer une vingtaine d’autres pour que Brigitte ne se tourne pas les pouces. Hé! J’ai aussi les 90 pages du premier volume de Tokyo. Walter à quasiment fini de les colorier et ça sera publié en Juillet. Héy! J’ai aussi tout l’album des Lumières numéro 2 crayonné. Ah, sombre dossier: on a les deux donjon crayonnés et pas encore encrés, et on sait pas qui va dessiner. Ah, non, finalement ça va, je dessine. Je sais pas ce qui me prend, parfois, de lire les journaux. Si! Je sais! C’est parce que les gens, ils ont envie qu’il se passe quelque chose!!! Alors il faut dire « Sfar y fait pu la bédé », comme ça, après, on pourra dire « Sfar y revient à la bédé ». Oui, bon. J’ai envie de dire plein de gros mots. les choses qu’on disait au CM2 quand on allait voir un gars et qu’on lui disait « hé, t’as parlé sur moi! ». En fait, j’ai jamais autant dessiné que depuis que je fais du cinéma. Je le fais sans doute de façon beaucoup plus égoïste. Je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais je ne fais plus du tout des dessins « pour faire plaisir ». Quand je change tout le temps de peintures ou de crayons dans Klezmer, c’est vraiment une chose que je souhaitais faire, il me semble que c’est intéressant, d’emporter un livre dans un lieu où il se fabrique avec plusieurs outils. On a envie d’emmener la voiture à deux doigts de tomber dans les ravins. Je m’occupe aussi de Bayou, avec Thierry Laroche et Nicolas Leroy. Enfin bon, j’ai le sentiment qu’on a publié ma nécro un peu trop tôt. Moi ça me rend très heureux, d’avoir la chance de pouvoir faire du cinéma et d’écrire des romans sans arrêter le dessin. Je suis vraiment désolé pour les gens qui n’aiment pas que je fasse tout ça. Je ne me compare pas à Cocteau (malgré mes grosses chevilles, y a des limites) mais il disait une phrase que j’aime bien, citée par mon ami Stéphane Barsacq « c’est pas grave de sauter d’une branche à l’autre pourvu qu’on reste sur le même arbre ». Bon, puisque les journaux disent que je ne dessine plus, je ne vous envoie pas de dessins! Bisous Kikoolol love xoxo.

Joann

Nouvelles du 30 janvier 2012

30 / jan / 2012

Cher site internet,

Le Festival de Gerardmer vient de se terminer. Je rentre avec deux photos dans mon téléphone, qui me font plaisir. Voilà: quinze festivals d’Angoulême ne m’ont jamais donné l’occasion de connaître Enki Bilal. Et là, il faut qu’on aille dans un festival de films fantastiques pour devenir amis. Je me suis senti très ému de ça. De pouvoir dire très simplement à un grand dessinateur qu’il m’a fait rêver quand j’étais étudiant, lui et Druillet, Corben, Liberatore. C’était bien organisé. par des gens cultivés mais qui ne donnent pas de leçons sur ce qu’il faut aimer.Comment c’est possible, que le plus grand festival de bandes dessinées n’ait jamais rien fait pour que les auteurs se rencontrent, se fréquentent dans des lieux qui s’y prêtent? On les range par éditeurs, par âges, ou bien on les concasse dans la fumée et dans un hall d’hôtel où l’on ne peut parler de rien. J’ai reçu des lettres très gentilles sur internet, de gens qui me demandent si je « snobbe Angoulême parce qu’on ne me donne pas de prix ». Non.  Je ne vais plus à Angoulême depuis au moins quatre ans parce que j’y suis très malheureux. Parce que les premières années où j’y allais, il y avait une ambiance bon enfant. Druillet m’avait embrassé sur la bouche et il avait du rouge à lèvres. C’est ça qui me manque, un bisou de Druillet! On a beaucoup dit qu’il y avait eu une cassure entre deux générations d’auteurs parce que « les gens de l’association étaient snobs ». Je n’y crois pas. Je n’ai jamais vu les choses comme ça. Personne ne voulait de nos livres. Alors on prenait une attitude provo et punk, et j’espère garder ces habitudes de petit con jusqu’à mon dernier souffle. Mais pour ma part, je n’ai toujours éprouvé que de l’admiration pour les gens qui m’ont précédé et qui m’ont fait aimer ce métier. Le festival d’Angoulème s’en fout complètement, que Sfar et Bilal soient copains, et plus largement que ce métier soit plus aimant. À chaque fois, je me retiens de dire ça, je me dis que si ça se trouve je suis le seul à penser que ce festival est devenu très triste, très prétentieux, et qu’il appartient plus à la société privée qui l’organise qu’aux dessinateurs. Et puis je m’aperçois que dès qu’ils s’adressent la parole, les auteurs pensent tous exactement la même chose. Quand je suis malheureux quelque part, je n’y vais  plus. Et c’est dommage, parce que personne n’aime les bandes dessinées autant que je les aime. Et personne autant que moi n’admire les autres auteurs. Je ne sais pas. J’en ai marre qu’on range les dessinateurs par éditeurs et par générations, et par salaire pourquoi pas? Il se crée à cause de ça des paranos et des détestations complètement imbéciles. Il a fallu attendre Gérardmer 2012 pour que j’aie l’occasion de dire à Enki Bilal que mon projet de bac A3 a consisté à faire avec mes copains de classe une fresque à l’acrylique où la femme piège côtoyait Arzac et Ranxerox (c’était peint avec les pieds mais c’était de l’admiration pure ou je ne m’y connais pas. Je vous envoie deux photos, pleines d’effets spéciaux.

Nouvelles du 25 janvier 2012

25 / jan / 2012

Cher site internet,

Je t’envoie une grande illustration du livre Tokyo, à paraître chez Dargaud au printemps. Toutes les pages sont finies. Je crois que le premier album fait dans les 90 pages, et le deuxième tome paraîtra dans l’année. Je fais exprès de ne pas envoyer des pages avec les photographies, je préfère qu’on découvre ça dans le livre. Je vous présente les personnages? Il y a Tokyo. Ça n’est pas une ville, c’est une fille avec short à franges, peau noire et cheveux rouges. Tokyo est amoureuse de Tiger, qui est un tigre blanc adepte de chansons vieillottes. El Rey, un gros lion, a beaucoup plus de succès que Tiger. Il y a aussi Draw, tatoueuse, et Atoll, vahiné tenancière, avec ses enfants méduses. Enfin, il y a le malheureux Mitchell, qui va devenir MEAT à la suite d’un concours de circonstances désastreux. Tout ça se déroule sur un archipel irradié mais plus trop. les radiations les ont figés dans un mood « blue hawai ». Les médias traditionnels (télévision, ordinateur, smartphones) se cassent la gueule. Un nouveau moyen d’expression suscite toutes les convoitises: les bandes dessinées. Je suis très heureux quand je dessine Tokyo. Vous aimez « true romance »? C’est un de mes films favoris. « Tokyo », c’est mon True Romance. Je vous envoie aussi des petits gribouillages où j’essaie de nouvelles tenues pour Tokyo. Qu’est ce que vous pensez? Est ce que je fais ma couverture à partir de l’illustration ci-jointe? le côté Tiger loves Tokyo forever, j’aime bien. Surtout que l’intérieur du livre est ultra gore, ça s’égorge à toutes les pages sur fond de telecaster et de banjo. Love xoxo Kikoo. Plein soleil sur Gerardmer, je sors le boxer-short. Je sais pas ce que ça va devenir, Tokyo. tel que c’est écrit, ça forme une histoire complète en deux gros volumes. Mais je ne sais pas. J’ai bien envie de faire vivre ces personnages longtemps. J’ai l’impression que mon coté ado/fleur bleue/trash qui se résolvait dans Grand Vampire il y a dix ans pourrait bien devenir Tokyo: davantage de soleil, d’les tropicales, et de violence. Moins de robes et plus de mini-shorts. Je me suis aperçu que Tokyo ressemble à Rihanna. pas fait exprès. Mais si ça a l’air autant pacotille dégénéré que ça, ça me plait. Vous voyez? Comme quand Forman fait Larry Flynt. C’est une façon de dire « ça n’est pas le sujet qui importe ». Il m’arrive aussi une chose très embêtante, après l’avoir conspué pendant vingt ans en répétant qu’il enfumait tout le monde, je me mets à adorer David Lynch. Comment c’est possible. Mullolhand Drive était le film que j’aimais le moins du monde, et maintenant c’est un de mes favoris. Est-ce qu’on change à ce point? Attention, je comprends ce film aussi peu qu’au premier visionnage, sauf que maintenant, ça me plait de ne rien comprendre. je vous signale que je vous écris depuis gmail et que cette truffe de programme méconnait les accents circonflexes. C’est pour ça.
Adios Aloha Atoll
Jojo la frite

Nouvelles du 23 janvier 2012

23 / jan / 2012

Cher site internet,

C’est très malpoli de poster deux fois dans la même journée. Et ça fait un peu le type qui est arrivé à Gérardmer deux jours avant le début du festival et qui s’ennuie. Spécial dédicace à Jean Paul Rouve dans Poupoupidou, je viens d’arriver dans l’hôtel, j’attends que quelqu’un commette un meurtre afin de mener l’enquête en échange de quoi je pourrai parfois voir des images des souvenirs de Sophie Quinton en petite tenue. C’est du hors-sujet, mais voyez Poupoupidou, c’est formidable! Du Malet, du Chabrol, du Aymé. Enfin bon. Je suis là avec deux jours d’avance pour m’isoler et écrire. Pour l’isolation, on est à un niveau de perfection digne de la station lunaire. Si j’écris pas c’est vraiment ma faute. J’ai apporté des vêtements pour les huit jours. je suis comme les Dupont, capable de me fondre dans le paysage étranger. Aussi quand on m’invite en Chine j’ai le chapeau chinois, à Bayonne le béret et aux USA la chemise nouée sur mon opulente poitrine, un vrai caméléon. Du coup, pour Gérardmer, j’ai emporté mes plus beaux t-shirts de films d’horreurs. J’ai pris la liberté de les photographier afin que vous puissiez en profiter. je tiens à signaler que sur les sept t-shirts (un pour chaque jour je suis propre) il y en a deux qui brillent dans le noir. Ils sont beaux n’est ce pas? Je les sors de la valise, je les range, et je constate une réelle tromperie sur la marchandise: je suis bien à Gerardmer, mais où est la mer? Est-ce que la météo se prête vraiment à l’exhibition de mes tricots à monstres? Bon, pas grave, j’aurai froid mais je les mettrai tout de même, me dis-je. Comment ça, non? Oh, zut! Je lis le programme et ils indiquent bien « tenue de cocktail ». Moi je suis un traumatisé du t-shirt! A chaque sortie publique, on me dit « c’est peut-être pas l’endroit idéal pour tes t-shirts de zombie »…même à Gérardmer! Bon. Pas grave. Je tapisse la chambre avec et j’éteins les lumières pour voir comment ils brillent bien dans le noir. pardon d’avoir reposté le même jour, mais vous en conviendrez, l’info était assez essentielle.
Joann

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