Nouvelles du 15 mai 2012

16 / mai / 2012

Cher site internet,

Juste un mot pour signaler que le J2M commence, à savoir le Journal De Merde. C’est sur le site télérama.fr et il y aura deux pages chaque jour. pour de nombreuses raisons, je ne crois pas que ça soit un blog. Je ne crois pas non plus que ça soit la suite directe de mes carnets. je vois très bien ce que ça disait « carnets ». J’avais choisi « carnets » par opposition doctrinaire, pudique et consciente au terme « journal » de « ma vie est spéciale », qui croît ça? Les carnets étaient dessinés petit, ça impliquait une écriture particulière. je crois que ce simple changement, dessiner grand, ça fait écrire différemment. Changement d’âge aussi. il y a enfin la régularité. Cette astreinte, des deux pages quotidiennes, ça me met pleinement dans le journal. « De Merde » parce que j’ai cette colère et ça me fait marrer et je regarde faire ça. Et aussi, il m’a fallu le temps, je parviens à dire que ce ne sont pas des bandes dessinées. Quand on met ensemble de longs textes, des illustrations imaginaires, des dessins politiques, des dessins d’après nature ET des bandes dessinées, il faut s’autoriser à le sortir de « bandes dessinées ». « Carnets », ça s’excusait un peu, ça faisait comme si « allez, c’est de la bédé quand même, s’il y a de longs textes autour c’est juste parce que c’est des brouillons d’un truc qui va venir ». J2M c’est du journal, pas seulement au sens « consigne intime », c’est du journal-presse. Les grandes pages, ça dit cette lecture syncrétique et le voyage du regard comme quand on ouvre Nice-Matin et qu’on a les mots croisés et Lucky Luke et le programme télé. Je ne veux pas que ça soit un blog. Il y a cette discipline des trois semaines de différence entre le moment où je dessine et le moment où c’est publié sur Télérama.fr. Il y a enfin, selon moi, la différence avec le blog: rejet du présent. Envie de ne pas rassembler.Je n’ai jamais aimé « blog » comme mot. je ne comprends pas ce que ça signifie. Ca me donne le sentiment qu’on vient gratter à ma porte avec un prospectus. un journal, ça dit mieux son nom, c’est une publication. C’est pas « nous sommes tous sympas et pareils », c’est « je suis dans la merde, je suis une presse intime d’égarement et d’opinion ». Enfin voilà. Journal De Merde. Sur télérama.fr. A partir de demain je crois. Peut-être qu’internet autorise ça: une presse quotidienne dans laquelle un seul gugusse serait rédacteur, illustrateur, metteur et tout ce qu’on voudra. Dire « blog » sous entendrait que ça n’est pas une publication, que ça n’est pas un travail, que ça ne dit pas une thèse. Finalement, je crois que le synonyme de « blog », c’est « je ne suis pas méchant ». Moi, je suis méchant. Et triste, et rieur, et complètement paumé. Et il faut dire ça dans une mise en forme qui ne doit pas chercher la facilité de lecture ou l’adhésion. Résoudre ça: être en état de publication tout en travaillant au plus secret de soi. « blog », ça demande pardon si on s’en tient à ne rien dire, « blog » ça fait une petite présence tiède, comme les animaux de compagnie. Moi j’ai quatre chats et un chien, je n’ai pas besoin de davantage de compagnie, ni même qu’on se comprenne. je suis en panique depuis toujours, en chute libre, et j’en fais des dessins. plein de mots autour, dont la seule fonction est de retenir l’oeil, afin que les chalands passent davantage de temps sur chaque dessin. Voilà. Ca commence demain.Je ne veux pas faire comme si c’était rien, de vous présenter ce travail. je veux avoir autant le trac que si c’était une sortie de film. C’est le cas. J2M, demain.

Nouvelles du 19 mars 2012

19 / mar / 2012

Cher site internet,

selon l’axiome bien connu qui me pousse à travailler sur des truc que personne ne me demande quand je suis surchargé de travail ailleurs, voici quelques petites peintures qui ne servent à rien. Je n’ose pas encore dire « peintures » quand je travaille sur Photoshop. N’empêche, c’est très addictif, cette machine. C’est un peu comme quand je joue à Skyrim, je passe des niveaux, de plus en plus lentement, et ça dépend du nombre d’heures que j’accepte de passer devant l’écran. ce que j’aime le plus faire avec photoshop ce sont des fausses couvertures de livres et des fausses affiches de films. Pour la première fois de ma vie j’ai envie de faire des illustrations! Bon, voilà. J’envoie quelques images. Merci d’être indulgents, je débute.

Nouvelles du 8 février 2012

08 / fév / 2012

Bonjour site internet.

Tu as vu, il fait froid. J’ai lu dans le journal l’avis d’un psychologue « la population française sur-réagit aux températures inhabituelles ». on voit qu’il est pas niçois lui! Sinon, vous, ça va? Moi oui, très bien. Oh, j’ai lu un truc mignon! Un type très informé a écrit dans un autre journal que j’étais « désormais tourné vers le cinéma », genre Sfar y fait plus de bédés. Ça m’a inquiété vachement! Moi qui n’arrive pas à sortir de chez moi tant que j’ai pas dessiné ma page du matin. Moi qui ne trouve pas le sommeil tant que j’ai pas dessiné ma page du soir. Zut! Si je suis « tourné vers le cinéma », comment je vais faire? Bon, en même temps, si c’est marqué dans le journal, c’est forcément vrai. Si ça se trouve, j’ai laissé tomber les bandes dessinées et je m’en suis même pas rendu compte. Attends, je me pince, je regarde. Hmmm…Cette année j’ai publié quoi? Deux Chagall avec soixante pages chacun, un Lumières de la France qui fait 60 pages aussi, un Klezmer qui fait 120 pages, vingt pages de plus que ceux d’avant, ce qui m’a obligé à virer mes notes de fin de volume sinon on explosait le prix de vente. J’ai aussi fait cent pages de bandes dessinées grand format couleurs pour l’expo Brassens, et près de six cent dessins pour la même exposition. Non, mais si ça se trouve non, le mec du journal il sait mieux. Je vais fouiller dans ma maison. je trouve quoi? J’ai 35 pages de Klezmer 5, j’ai 50 pages crayonnées de l’ancien temps numéro deux, et j’en ai encrées dix. je suis en train d en encrer une vingtaine d’autres pour que Brigitte ne se tourne pas les pouces. Hé! J’ai aussi les 90 pages du premier volume de Tokyo. Walter à quasiment fini de les colorier et ça sera publié en Juillet. Héy! J’ai aussi tout l’album des Lumières numéro 2 crayonné. Ah, sombre dossier: on a les deux donjon crayonnés et pas encore encrés, et on sait pas qui va dessiner. Ah, non, finalement ça va, je dessine. Je sais pas ce qui me prend, parfois, de lire les journaux. Si! Je sais! C’est parce que les gens, ils ont envie qu’il se passe quelque chose!!! Alors il faut dire « Sfar y fait pu la bédé », comme ça, après, on pourra dire « Sfar y revient à la bédé ». Oui, bon. J’ai envie de dire plein de gros mots. les choses qu’on disait au CM2 quand on allait voir un gars et qu’on lui disait « hé, t’as parlé sur moi! ». En fait, j’ai jamais autant dessiné que depuis que je fais du cinéma. Je le fais sans doute de façon beaucoup plus égoïste. Je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais je ne fais plus du tout des dessins « pour faire plaisir ». Quand je change tout le temps de peintures ou de crayons dans Klezmer, c’est vraiment une chose que je souhaitais faire, il me semble que c’est intéressant, d’emporter un livre dans un lieu où il se fabrique avec plusieurs outils. On a envie d’emmener la voiture à deux doigts de tomber dans les ravins. Je m’occupe aussi de Bayou, avec Thierry Laroche et Nicolas Leroy. Enfin bon, j’ai le sentiment qu’on a publié ma nécro un peu trop tôt. Moi ça me rend très heureux, d’avoir la chance de pouvoir faire du cinéma et d’écrire des romans sans arrêter le dessin. Je suis vraiment désolé pour les gens qui n’aiment pas que je fasse tout ça. Je ne me compare pas à Cocteau (malgré mes grosses chevilles, y a des limites) mais il disait une phrase que j’aime bien, citée par mon ami Stéphane Barsacq « c’est pas grave de sauter d’une branche à l’autre pourvu qu’on reste sur le même arbre ». Bon, puisque les journaux disent que je ne dessine plus, je ne vous envoie pas de dessins! Bisous Kikoolol love xoxo.

Joann

Nouvelles du 30 janvier 2012

30 / jan / 2012

Cher site internet,

Le Festival de Gerardmer vient de se terminer. Je rentre avec deux photos dans mon téléphone, qui me font plaisir. Voilà: quinze festivals d’Angoulême ne m’ont jamais donné l’occasion de connaître Enki Bilal. Et là, il faut qu’on aille dans un festival de films fantastiques pour devenir amis. Je me suis senti très ému de ça. De pouvoir dire très simplement à un grand dessinateur qu’il m’a fait rêver quand j’étais étudiant, lui et Druillet, Corben, Liberatore. C’était bien organisé. par des gens cultivés mais qui ne donnent pas de leçons sur ce qu’il faut aimer.Comment c’est possible, que le plus grand festival de bandes dessinées n’ait jamais rien fait pour que les auteurs se rencontrent, se fréquentent dans des lieux qui s’y prêtent? On les range par éditeurs, par âges, ou bien on les concasse dans la fumée et dans un hall d’hôtel où l’on ne peut parler de rien. J’ai reçu des lettres très gentilles sur internet, de gens qui me demandent si je « snobbe Angoulême parce qu’on ne me donne pas de prix ». Non.  Je ne vais plus à Angoulême depuis au moins quatre ans parce que j’y suis très malheureux. Parce que les premières années où j’y allais, il y avait une ambiance bon enfant. Druillet m’avait embrassé sur la bouche et il avait du rouge à lèvres. C’est ça qui me manque, un bisou de Druillet! On a beaucoup dit qu’il y avait eu une cassure entre deux générations d’auteurs parce que « les gens de l’association étaient snobs ». Je n’y crois pas. Je n’ai jamais vu les choses comme ça. Personne ne voulait de nos livres. Alors on prenait une attitude provo et punk, et j’espère garder ces habitudes de petit con jusqu’à mon dernier souffle. Mais pour ma part, je n’ai toujours éprouvé que de l’admiration pour les gens qui m’ont précédé et qui m’ont fait aimer ce métier. Le festival d’Angoulème s’en fout complètement, que Sfar et Bilal soient copains, et plus largement que ce métier soit plus aimant. À chaque fois, je me retiens de dire ça, je me dis que si ça se trouve je suis le seul à penser que ce festival est devenu très triste, très prétentieux, et qu’il appartient plus à la société privée qui l’organise qu’aux dessinateurs. Et puis je m’aperçois que dès qu’ils s’adressent la parole, les auteurs pensent tous exactement la même chose. Quand je suis malheureux quelque part, je n’y vais  plus. Et c’est dommage, parce que personne n’aime les bandes dessinées autant que je les aime. Et personne autant que moi n’admire les autres auteurs. Je ne sais pas. J’en ai marre qu’on range les dessinateurs par éditeurs et par générations, et par salaire pourquoi pas? Il se crée à cause de ça des paranos et des détestations complètement imbéciles. Il a fallu attendre Gérardmer 2012 pour que j’aie l’occasion de dire à Enki Bilal que mon projet de bac A3 a consisté à faire avec mes copains de classe une fresque à l’acrylique où la femme piège côtoyait Arzac et Ranxerox (c’était peint avec les pieds mais c’était de l’admiration pure ou je ne m’y connais pas. Je vous envoie deux photos, pleines d’effets spéciaux.

Premium Wordpress Plugin